Tout est possible !

Vers 3 ans et demi/4 ans, quand tu m’as dit que tu aimerais bien changer d’école parce que dans la tienne, c’était vraiment trop dur le travail, tu m’as bien fait rigoler… enfin, façon de parler… t’étais mal barré si t’en avais déjà marre en maternelle. Et puis, avant-hier, quand je suis tombée par hasard sur cette feuille où tu écrivais que ce que tu détestais le plus c’était travailler, ça m’a quand même bien fait rire (jaune) aussi !
9 ans après, tu n’avais pas changé d’avis sur l’école. Tu n’aimais pas travailler, c’était clair.

Tu n’aimes toujours pas écrire.
Tu n’aimes toujours pas dessiner (et pourtant, si tu savais comme tu as progressé).
Tu déteste les puzzles.
Et jamais au grand jamais, tu n’aideras ton petit frère à faire un Lego. Tu n’aimes pas ça, dis-tu !
La vérité, c’est que tu n’as jamais réussi à en faire. T’inquiète, ce n’est pas grave, on s’en fiche des Lego. D’ailleurs, je ne peux plus me les voir depuis que c’est devenu l’obsession de ton petit frère.

Malgré les avertissements dès la maternelle d’une super enseignante, et les galères (le mot est faible) du primaire avec l’écriture, la conjugaison et la grammaire, on en a mis du temps à comprendre/savoir/expliquer tes maux, toi qui ne te plains jamais sur ça finalement. C’est vrai qu’en y réfléchissant, tous les ans, il y avait écrit la même chose sur tes livrets. Que des compliments à l’oral, on félicitait ta vivacité et tes remarques pertinentes. Et l’écrit, toujours pareil : il fallait te concentrer, que tu fasses plus d’efforts. Tu écrivais vite (trop vite), de manière assez peu lisible, voire illisible certaines années. C’était toujours bâclé. Les devoirs écrits étaient (sont toujours) pour toi la pire des punitions. Aujourd’hui, tu prends sur toi. Je vois bien que tu fais des efforts. Même si c’est le minimum, je ne t’en veux pas.

Y avait un toujours « un petit truc qui clochait » nous disait-on,  sans qu’on sache vraiment quoi. Même les professionnels avaient du mal à se mettre d’accord. Ils ont mis du temps à vraiment diagnostiquer ta dyspraxie/dysgraphie car tu as toujours su tout compenser, à ta manière.

Parce que finalement, tu y arrivais. Avec le temps, plus de temps, mais tu arrivais à tes fins.

Colorier, couper, faire tes lacets, se servir du compas, conjuguer, ce n’était pas vraiment son truc.

D’ailleurs, ni la course ou les jeux de ballon. Ah, la natation, qu’est-ce que t’as pu galérer avec la brasse. Cette fameuse coordination jambes/bras. Et regarde-toi, aujourd’hui, presque comme un poisson dans l’eau. Et la course ! Qu’est-ce que tu aimes l’endurance maintenant ! Toi qui t’emmêlais si souvent les pieds.

Tu te rappelles de ta première coupe de tennis ? J’ai pleuré ce jour-là tellement j’étais heureuse pour toi. Enfin tu étais récompensé ! La prof m’a dit « Alors lui, on n’y croyait pas. Bras cassés/jambes cassés. Comme quoi, tout est possible ! ». Oui, elle a osé me dire ça cette conne ! Mais oui, tout était possible, la preuve !

Ok, le sport, ce n’était pas vraiment ton truc, tu n’étais pas à l’aise avec ton corps, comme j’ai pu l’entendre je ne sais combien de fois par différents profs de karaté, hip hop, natation, tennis, et j’en passe. Qu’est-ce que j’ai pu m’inquiéter pour toi ! Et puis, toujours à te casser un bras (dans le vrai sens du terme). Tant pis, tu trouveras bien autre chose que le sport pour t’occuper ou te divertir.
Mais tu n’as pas lâché car tu aimais ça. Le tennis, non. Le foot, hors de question. Tu as su choisir ce qui te motivait. Le handball fut ton vrai coup de cœur. Et puis, tu te rendais bien compte que le sport te faisait un bien fou.

T’étais super content d’y aller au primaire, tous les mercredis, avec tes potes. Pas vraiment une passion, pas vraiment doué, mais tu aimais bien ça.

Et puis, au collège, tu as eu comme un déclic. Ton corps s’est réveillé et démêlé. Tu devenais un fou de sport. Au début, je n’y ai pas cru quand tu m’as dit que tu étais le meilleur de classe en sport. Non, pas toi, toi qui a tellement galéré avec ton corps. Qu’est-ce qu’on a rigolé quand ton prof de sport t’a félicité sur ton bulletin « Prestation très remarquée en Rock » !

Aujourd’hui, tu es ce qu’on appelle un vrai sportif. Tennis de table ou handball, tu ne raterais un entraînement ou une compétition pour rien au monde. C’est simple, le sport, c’est ta bouffée d’oxygène. C’est ce qui te permet de t’apaiser. C’est bien le sport qui a su calmer cette énergie débordante, qui rendait nos fins de journée si difficiles.
C’est vrai que depuis 1 an, tu es méconnaissable, tellement tu es moins excité qu’avant.

Tu as su être patient et préservant. Tu as continué, malgré les caprices de ton corps.

Le club de handball dont tu rêvais, tu l’as enfin eu cette année.
Et encore une fois, je ne te reconnais pas, toi, l’enfant qui a tellement galéré avec le sport.
Chaque semaine, je te vois progresser, t’améliorer et t’épanouir. A tel point, que tu es passé en 2 mois de l’équipe N° 6 à l’équipe  N° 2 ! Waouh !

handball

J’ai le cœur serré et une boule au ventre à chaque fois que je te regarde jouer pendant tes matchs, tellement je suis fière de toi. J’ai envie de crier au monde entier :
« Regardez, c’est mon fils ! Il sait courir comme un champion, il sait sauter habilement, il arrive à attraper un ballon en plein vol, et il sait même viser ! Il y arrive, et en plus, il se débrouille super bien ! »

Ça me prend les tripes tellement je suis heureuse pour toi. Ta motivation, ta persévérance, tes efforts et ton amour du sport ont eu raison de tous ces cons qui ont osé t’appeler « bras cassés, jambes cassés ». Je suis si fière de toi !

Un enfant dyspraxique qui rêve de devenir handballeur professionnel ou pourquoi pas, prof de sport ; Oui, tout est possible !

PS : et qui sait, peut-être qu’un jour tu mettras enfin un « S » au pluriel 😊

PS bis : les problèmes d’écriture, le PAP, les maths, le français, les langues vivantes, l’ergothérapeute, l’orthophoniste…on en parlera un autre jour. Vive le sport !

 

6 réflexions sur “Tout est possible !

  1. Amandine dit :

    Quel émotions de te lire. On sens la vrai fierté de la maman. Et bravo aux champion d’avoir lutter . au final une fois diagnostiqué c est aussi un peu libérateur car au final l’enfant se dit bâ non je ne suis pas nul j’ai une difficultés en plus que les autres et je vais la surmonter. En tout cas va savoir j’ai pleurée en te lisant mais c est bête j’ai pleurer de fierte pour lui alors que je ‘e le connais pas au final.

  2. 3kleinegrenouilles dit :

    Merci pour cet article qui m’a beaucoup émue ! Nous venons d’avoir le diagnostic pour ma petite, même s’il s’agit d’autre chose, ton article m’a mis un peu de baume au cœur. Bravo à ton fils et à toi !

  3. vivi dit :

    Magnifique article et félicitation à ton champion qui a trouvé sa passion et surtout cloué le bec au personne qui ne comprenne rien et qui devrait changer de métier !!!

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